
PRIX - 21 EURO + poste
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Lors d'un voyage au Bengale et au Bengladesh, au début du printemps 93, je fus souvent invité à manger chez l'habitant. J'étais très curieux de connaître leur façon de vivre. Une vie simple et naturelle dans des petits villages propres et sains, dont les habitations étaient, pour la plupart, faites en terre glaise. On aurait pu être 500 ans en arrière ou plus que cela n'aurait pas troublé du tout l'ordre et la paix qui y régnaient.
Leur hospitalité était si chaleureuse que j'étais quelquefois gêné. Je ressentais dans mon cœur un agréable bonheur de pouvoir me trouver avec eux, de partager pendant quelque temps ces instants que l'on voudrait interminables.
J'étais très étonné de voir avec quelle facilité et rapidité mes hôtes pouvaient confectionner un véritable festin, malgré, à nos yeux d'occidentaux, le manque de modernisme. Il ne leur fallait pas plus d'une heure et demie pour préparer un repas comprenant cinq entrées, sept ou huit différents plats de légumes, du riz et un ou deux desserts. La variété des mets offerts me surprenait agréablement ; en effet, mis à part le riz et les légumes traditionnels, nombre d'autres légumes inconnus apparaissaient toujours au menu.
Je découvris qu'ils utilisaient plus ou moins tout ce qui poussait autour de leur habitat. Ils vivaient la vraie "permaculture". Ils utilisaient les ressources qui étaient à leur disposition et ainsi prenaient grand soin de leur environnement. Ces légumes "sauvages" qui garnissaient le repas s'accommodaient à merveille avec le riz ou les galettes de pain et se mélangeaient facilement avec d'autres préparations comme les soupes, les plats de légumes, les crêpes ou les desserts. |
| La plupart de ces légumes sont des plantes vertes, que l'on appelle "sag", ou épinards. Les gens en raffolent, car non seulement ils sont bons au goût surtout quand ils sont rehaussés d'épices –, mais ils sont en outre très énergétiques et excellents pour la santé, ils sont apéritifs, aromatiques, carminatifs, dépuratifs, hépatiques, stomachiques, pour citer ici leurs vertus thérapeutiques.
Partout où j'étais invité, je dégustais ces différentes plantes sauvages comestibles préparées avec expertise. Elles étaient servies surtout le midi. Je n'ai jamais tant mangé, surtout dans ces contrées que l'on dit sous-alimentées ! Cette idée est présente dans notre esprit parce que la majorité des gens qui peuplent cette partie du globe sont végétariens. Certes leur corpulence n'est pas celle qu'un homme de nos villes entend, mais leur résistance et leur force au travail laissent supposer que leur régime alimentaire ne souffre pas de manque.
La production de viande dans ces régions provoquerait immédiatement la famine. Le docteur Aaron Altshul dans son livre »la chimie des protéines » constate, après avoir comparé le taux de calories d’un régime carné avec celui d’un régime de céréales, de légumes et de légumineuses, que ce dernier fait vivre vingt fois plus de personnes. Déjà, bon nombre de terres sont utilisées afin de produire des denrées pour l'Occident, qui pourtant n'en manque pas, ce qui déstabilise l'équilibre de ces pays qui, à leur tour, sont pris dans l'engrenage infernal de l'importation, augmentant ainsi leur dépendance et, bien sûr, leur dette envers les pays riches.
Ce n'est pas la surpopulation qui est la cause principale des famines qui touchent plus de la moitié de la population mondiale, mais la mauvaise utilisation-répartition des aliments. Non seulement gaspille-t-on de la nourriture précieuse à l'homme pour engraisser des bêtes à viande-le ministère de l’agriculture des USA nous informe que 50% des céréales produits aux Etats Unis servent à nourrir les animaux de boucherie, ou en la déversant par tonnes dans la mer pour stabiliser les prix, mais on détruit aussi l'écologie de notre planète pour la transformer en "hamburger". En Amérique du nord, l’industrie de l’élevage oblige six fois plus de déboisement que l’expansion humaine. De plus, les puissantes industries alimentaires du fast-food défrichent massivement les grandes forêts vierges d’Amérique latine comme celles de l’Amazonie pour faire des pâturages à bétail. De tels déboisements menacent le fragile écosystème planétaire car la forêt d’Amazonie est l’un des poumons du monde. Comme si cela ne suffisait pas, l’industrie de la viande est la principale responsable de la pollution des rares réserves d’eau douce de la planète. Le New York post révéla qu’un immense abattoir de poulets utilisait cent millions de litres d’eau par jour ce qui équivaut à approvisionner une ville de 25000 habitants.
Mais revenons à notre histoire plus féerique. Quand je rentrai en Europe, je fus surpris de voir que certaines de ces plantes sauvages comestibles poussaient également sur notre vieux continent. Tout cela ranima en moi le feu ancien de ma passion pour les plantes (j'avais fait des études d'herboristerie dans les années 70), plus particulièrement pour ces plantes que l'on dit "inutiles" ou "nuisibles", passion qui, additionnée à mon goût pour la cuisine, puisque je cuisine végétarien depuis plus de 30 ans, avec des études sur la cuisine indienne et son art d'utiliser les épices, m'a donné envie d'écrire ce livre !
J'espère qu'il incitera les lecteurs à avoir un autre regard sur la nature, qu'il donnera un autre sens à leurs promenades et leur fera découvrir les secrets insoupçonnés de nos belles contrées avec ses fleurs, ses plantes, ses arbres, ses racines, ses fruits dits sauvages, qui n'attendent qu'eux pour se laisser cueillir et offrir leurs bienfaits gratuits sous forme de potages délicieux, de salades étonnantes, de gratins succulents, de gâteaux... hum !
Philippe Rivault |